Giulia Grossmann

Giulia Grossmann construit une démarche singulière, qui se caractérise par l'indécision revendiquée entre approche documentaire et mise en scène, et le travail de la matière produite dans cet intervalle. Ses films témoignent d'un intérêt marqué pour le documentaire ethnographique. Ce genre aux multiples facettes est depuis longtemps mis en crise de par sa nature même, à savoir l'équilibre difficile, voire impossible, entre son dessein d'objectivité, les choix opérés au montage et les rapports de domination qui le sous-tendent. La vidéaste introduit dans ses films une ambiguïté latente, laissant le spectateur dans l'expectative : À quel point les protagonistes sont-ils des acteurs ? Font-ils acte de confession ou de représentation ? Inutile de se risquer à trancher : c'est tout cela à la fois. Très peu scénarisés à l'avance, élaborés au hasard des rencontres et des différents degrés de confiance mutuelle, ses films se construisent par succession de portraits concomitants et de vécus parfois contradictoires, où chacun est libre de choisir la façon dont il se représente. À la multiplicité des « réalités parallèles » exprimées répond celle des ressentis du film. L'objet d'étude, à la fois insolite, marginal et symptômatique d'une quête de sens généralisée en Occident, nourrit la méthode de sa propre narration : son sujet devient son langage. Ils relèvent d'une démarche d'accueil, de porosité au contexte qui en font des projets éminemment expérimentaux.

Réalisations passées à Côté Court