Le dojo cinéma

Un peuple de cinéma en (l)armes. C'est comme lieu de pratique que s'est fait connaître le Dojo cinéma : pratique du judo et du cinéma. Celle-ci consista d'abord en projections dans Le Dojo de films expérimentaux et militants de cinéastes reconnus. Comme tout art martial, le cinéma requiert l'exercice du regard avant de réussir ses propres «prises». Les essais filmiques du Dojo témoignent de cette confrontation nécessaire aux cinéastes de la ré-appropriation critique du cinéma, Godard en tête. De ce dernier, ils retiennent que la forme, par sa rigueur, doit être un acte de pensée, c'est-à-dire de rébellion et de guerre contre le monde tel qu'il se donne en suffisantes représentations. Trancher de (dans) l'ordinaire du cinéma, riposter au semblant des images dominantes, substituer à la valeur d'échange du cinéma « mondain» la valeur d'usage d'un cinéma « pauvre » et « populaire », telles sont les exigences programmatiques énoncées dans les films du Dojo, notamment dans les manifestes Lettre à Codard et Énoncer un public. Ce dernier, réagissant, à l'occasion de la projection d'In girum... au Louvre, à la neutralisation idéologique de Debord, reproduit en abyme le miroir tendu au public philistin qui entamait le film du situationniste, dénonçant ainsi au carré la mondanité de cinéphiles se délectant de leur propre mise en accusation. « Une pratique du cinéma qui fasse écran au bavardage du public », proclame le film du Dojo.