Compétition nouveaux médias (98')



Vendredi 09 juin à 20h00 (En présence des réalisateurs) | Ciné 104 à Pantin


| 2015
L'installation vidéo The Pirate Cinema est un système automatisé qui intercepte en continu les torrents vidéos les plus téléchargés à travers les systèmes d'échanges pair à pair. Les données ainsi interceptées (des fragments de films, clips, séries, parfois reconnaissables, parfois incomplets) sont immédiatement projetées, permettant ainsi de visualiser en direct l'activité du réseau. The Pirate Cinema transforme les utilisateurs du réseau BitTorrent en contributeurs d'une composition globale...

"Le projet retenu pour la sélection de Côté Court est The Pirate Cinema. C’est un travail qui a commencé en 2011-2012. La question de l’époque était liée à la génération à laquelle j’appartiens : il me semblait que cette génération avait un rapport très particulier aux questions de piratage, de copie, d’échange, d’appropriation, etc, et que sans doute il s’agissait de quelque chose d’assez spécifique à ce moment historique. A tel point que je pense que cela affecte aussi bien notre manière de nous cultiver, de travailler, notre accès à différents types de fichiers, et ce à différents niveaux dans la complexité de nos quotidiens. Cela me paraissait essentiel de trouver un moyen de développer un projet qui vienne se focaliser sur cette question. Un second niveau qui peut venir contextualiser ce projet, c’est que depuis le tout début de la vulgarisation du peer-to-peer, disons dans les années 2000, au moment où le processus est devenu très populaire, des compagnies ont œuvrées à collectionner des adresses IP – spécifiques à chacun des utilisateurs – pour monter des poursuites judiciaires pour le compte de tel ou tel ayant droits ou telle ou telle compagnies. Ils utilisaient tout simplement une des spécificités du protocole pair à pair : pour faire fonctionner de manière fluide ce protocole, il faut connaître l’adresse personnelle de chacune des personnes avec qui se mène cet échange. Donc, au cœur de ce processus, résidait la possibilité de le surveiller ou en tout cas d’être grandement conscient de ce qui s’y passe. Depuis à peu près 2004 et jusqu’à aujourd’hui, des compagnies travaillent pour les grands groupes et fournissent ces informations. D’un point de vue stratégique et tactique, il était intéressant de renverser cette même mécanique pour en révéler la vitalité, le dynamisme, le contenu des échanges, leur géographie, leur provenance et leur position. Sur le plan plus filmique, cela m’a semblé être une manière de réinvestir une réelle expérimentation sur la matière. Une matière peut-être moins filmique, comme cela avait pu être le cas dans l’histoire du cinéma expérimental, que vidéographique, avec des problématiques de compression, de fragmentation de fichiers, puisque les vidéos sont échangées par petites pièces d’une ou deux secondes, qui nous arrivent de manière complètement désordonnée depuis des pairs (d’autres utilisateurs aux quatre coins du monde) pour être ensuite ré-agencés. Cela donne une facture très particulière liées à la nature des échanges, à leur temporalité, leur répartition dans le temps : ce sont tous ces niveaux qui sont rendus visibles dans mon installation, en montrant les flux tels qu’ils sont consommés en temps réel."
Nicolas Maigret, propos tenus lors de la table ronde sur les nouveaux médias, organisée à La Colonie le 29 mai 2017.


| 2017
Les sites d'artistes sont souvent de simples galeries, aussi dans ce projet il a été conçu comme une oeuvre à part entière utilisant les rich medias (video, photo, réseaux sociaux). Du fait de son design original, il a été sélectionné parmi 100 millions de sites comme finaliste aux WIX Stunning awards.

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"Mon projet est un site internet que j’ai développé en début d’année et qui est une extension de mon studio. Le site présente des pages vidéos, des animations multimédias, de la réalité virtuelle, des choses produites à partir de ce qu’on appelle l’intelligence artificielle. Pour expliquer un peu ma position, je dirais que ce qui m’intéresse en tant que plasticien, c’est la question purement plastique des médias que j’utilise. Cela va d’internet à la peinture, avec les séries de Google Painting, à la réalité virtuelle et à tout ce qui touche post-média, post-internet, post-painting, etc. J’ai été amené à faire une première pièce en réalité virtuelle avec les nouvelles technologies de Google, et notamment le Google Tilt Brush qui permet de faire des peintures en 3D et en réalité virtuelle. Cette performance a été produite et je me suis donc équipé et lancé dans ce travail, qui relève de l’hybridation et s’inscrit dans mon questionnement de l’après peinture. On arrive à un moment dans les médias où on atteint des formes avec lesquelles il y a tout à écrire, tout à questionner, comme un recommencement, sur le regard que l’on porte mais aussi dans la pratique même de la peinture. Quand on utilise Google Tilt Brush, on fait des gestes dans l’espace enregistrés sous forme de pinceaux ou de textures. C’est un nouvel espace qui s’ouvre pour le regard qui se redéfinit et se renouvelle constamment, puisque selon les personnes qui entrent dedans, on n’aura jamais le même point de vue, la même déambulation, etc."
Valery Grancher, propos tenus lors de la table ronde sur les nouveaux médias, organisée à La Colonie le 29 mai 2017.


| 2017 | 08 min
Un homme est endormi dans une baignoire, sous l'eau comme dans un songe. Devant lui, un point lumineux, une lumière, une étoile ? qui vibre et semble l'inviter à le suivre.

La membrane d'énergie qui entoure la petite étoile Proxima laisse passer la main de l'homme, Le Veilleur, mais elle se dérobe quand il semble sur le point de la toucher.

Le Veilleur se dresse dans la baignoire. Autour de lui, un espace immense, bas de plafond, plongé dans une quasi-totale obscurité. Proxima s'éloigne. Le Veilleur la suit. Elle l'attend pour qu'il la rattrape. Il semble sur le point de la toucher, mais elle s'éloigne encore provoquant au passage une éruption solaire.

Le Veilleur marche dans un long corridor, avec des portes de chaque côté. Des caves ? la soute d'un navire ?. Tout au bout, près du sol, Proxima l'attend. Il s'agenouille et la contemple comme le petit être fragile que la petite étoile semble être devenu. Proxima est aspirée dans un petit trou, comme un passage de souris, à travers dans une des portes. Le Veilleur tend son bras et rentre progressivement à son tour dans le passage.

Une pièce baignée de lumière est occupée par un nouveau personnage : une immense femme : une Géante. D'un souffle puissant et répété, elle attire à elle Le Veilleur, qui s'extirpe du trou et renaît. La Géante contemple un moment ce qui semble être sa création avant d'écraser de tout son poids Proxima dont la lumière continue de filtrer sous son gros pied.

Revenu du noir total, sorti de l'obscurité, Le Veilleur est désormais à la poursuite, encore plus rapide, au trot, de Proxima qui file dans la nuit comme une comète. Les créatures de la forêt alentour laissent l'immensité de la nature occuper tout l'espace invisible. Toujours plus près derrière Proxima, la musique d'une petite cascade d'eau dont Le Veilleur se rapproche.

Proxima est passée derrière le rideau d'eau. Comme calmée, apaisée, elle attire Le Veilleur à la suivre. Il tend le bras vers elle, lentement. Il est projeté à travers l'eau dans... la baignoire, toujours seule au milieu du grand espace désert du début. Proxima est au- dessus, comme prête à une nouvelle errance, une nouvelle boucle à travers l'espace et le temps.

Alors que nous accompagnons Le Veilleur à la suite de Proxima, nous sommes invités à explorer l'espace immense et effrayant tout autour de nous. Chaque fois que nous détournons le regard de Proxima ou du Veilleur, un son émerge et devient, si nous continuons notre mouvement, de plus en plus fort, un Homme Menaçant éclate à notre vue. Il est d'abord, assez passif, nous regarde de façon inquiétante au début du film, puis agressif, avant de nous attaquer franchement. L'apparition de l'Homme Menaçant est brève, il disparaît ensuite, mais les sons qu'il émet lorsqu'on se met à sa recherche demeurent. Il est là. Il rôde.

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"Proxima, c’est un court-métrage interactif en réalité virtuelle qui dure huit minutes trente, dont on verra la version linéaire à Côté Court, puisque nous développons encore les interactions. Dans ce film, un homme rencontre une entité lumineuse qui scintille et l’invite à la suivre. L’homme se met à sa suite à travers plusieurs espaces. La réalité virtuelle est étonnante parce que nous sommes physiquement téléportés dans un espace. Lorsqu’on met des lunettes de VR, on est dans un autre espace qui n’est pas virtuel, qui est totalement réel quand on le regarde et qu’on interagit avec lui. Gilles Deleuze dit quelque part que « le virtuel ne s’oppose pas au réel, mais seulement à l’actuel. Le virtuel possède une pleine réalité, en tant que virtuel ». Nous changeons donc de réalité dans un monde virtuel, nous entrons en collision avec le monde où nous sommes.
Quand j’ai commencé à travailler sur ce film, il y a un petit peu plus d’un an, je découvrais et — je continue de découvrir — ce média de la réalité virtuelle, d’abord par le documentaire puis maintenant par la fiction, et je le découvre en même temps que tout le monde, depuis 2014. Très rapidement, je me suis confronté à la question du point de vue en réalité virtuelle : quel est-il par rapport au cinéma ? Aujourd’hui, les films de réalité virtuelle proposent en général de se regarder d’un point de vue subjectif, tout le temps, à la manière d’un jeu-vidéo. Cette forme marche pour des formes narratives extrêmement « gamifiés » où on est sans arrêt en interaction à la manière d’un jeu-vidéo et donc moins concentré sur un récit. Cela a ses limites quand on est dans une forme narrative plus classique, et cela pose des problèmes évidents : si on incarne un personnage et qu’on ne le voit jamais, on peut faire un exercice formel de perception d’un homme invisible, mais on finit par ressentir un manque, une absence, qui empêche le dispositif de fonctionner complètement. Avec Proxima j’ai voulu m’essayer à la confrontation des points de vue : incarner celui d’une petite entité lumineuse qui nous permet de regarder un être humain et aussi d’être, à son tour cet être humain qui regarde cette petite étoile et qui la suit. Je voulais voir comment on pouvait raconter une histoire sur une opposition vraiment très simple, dans des lieux par ailleurs très variés. C’est peut-être une des manières dont ce film se rapporte au thème que vous avez identifié, l’effraction."

Mathieu Pradat, propos tenus lors de la table ronde sur les nouveaux médias, organisée à La Colonie le 29 mai 2017.


| 2015
Le Voyage à Kullorsuaq a accompagné pendant 9 semaines la sortie du programme de moyen métrage, Inupiluk Le film que nous tournerons au Groenland, diffusant chaque semaine un nouvel épisode d'une mini série, un journal de bord du tournage et des contenus documentaires, permettant dans le même temps d'être un élément promotionnel pour le programme cinéma alors diffusé en salles et un catalyseur pour les spectateurs du long métrage à venir.

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"Voyage à Kullorsuaq, c’est le nom du village le plus excentré du Groenland, au nord extrême. C’est un des derniers villages traditionnels de chasseur d’ours et de phoques. L’aventure de ce projet est née en 2014 alors que je venais de finir mon précédent long-métrage et que je n’avais pas l’intention de poursuivre immédiatement sur un autre projet de cinéma. Un matin, j’étais dans les locaux de la société de production qui accompagne mes films – Envie de tempête – et j’ai croisé le frère de mon producteur, qui s’appelle Nicolas Dubreuil (je l’évoque car il est à la base du projet qui nous réunit aujourd’hui) et qui est explorateur. Il vit là depuis maintenant vingt-ans, et il se trouve qu’il a trouvé un peu d’argent pour faire venir en France ses deux meilleurs amis chasseurs d’ours qui habitent ce village et ne l’avaient jamais quitté. Ole et Adam devaient arriver dans trois semaines suivantes et mon producteur me demande si cela m’intéresse de garder une trace de leur séjour en France. Evidemment, cette opportunité a rejoint à cette époque-là des préoccupations purement cinématographiques, touchant la question du réel et de la fiction et la préoccupation de fabriquer des films de fiction à partir de personnages qui «interprètent» leur propre rôle. J’ai donc accepté cette proposition. D’un point de vue matériel, je n’avais pas le temps de monter un dossier et de demander des financements. J’ai aussi eu très peu de temps pour écrire le scénario, mais je m’y suis attelé malgré tout, et là l’idée me vient que pour que ce film marche, il faut que je parte dans l’aventure avec deux comédiens. Je fais appel à un comédien avec lequel j’ai déjà travaillé, Thomas Blanchard, et à un deuxième que je connais d’une autre expérience, Thomas Scimeca : je leur demande de devenir les hôtes d’Ole et Adam et d’être la caution fiction de ce projet. Le film s’est fait. Il est devenu un court-métrage qui s’appelle Inupiluk, un mot inuit qui signifie «gangster», ou plus précisément «chenapans». C’est d’ailleurs le nom que porte Ole et Adam dans le village où ils vivent. A la fin de ce film, qui dure 30mn, Ole et Adam proposent aux deux Thomas de faire le voyage inverse et de venir à Kullorsuaq. Je me dis alors qu’il y a un projet de cinéma encore plus fou à développer, en continuité de ce court métrage, et qui consisterait à répondre à cette invitation en allant faire un long-métrage dans ce village et dans les mêmes conditions de travail, avec cette même nécessité de confronter le réel et la fiction. Deux ans et demi après, avec mon producteur, nous avons réuni les fonds pour financer ce film qui s’appelle Le Voyage au Groenland. Lorsque l’idée a pris forme, nous nous sommes dit avec le distributeur du film et la société de production que nous allions vivre une expérience assez inédite, pour nous mais aussi de manière générale puisqu’aucun film de fiction n’avait été fait sur ce territoire, à l’exception de Nanouk l’esquimau de Flaherty. Je me pose alors la question de la diffusion d’un film au cinéma aujourd’hui et il me semble alors intéressant de la penser comme un processus expérimental et d’accompagner ce long-métrage de tout un pendant «transmédia» - pour le dire très vite, car j’ai moi aussi tout un problème de vocabulaire lié à cela. Je ne savais pas très bien ce que cette intuition voulait dire, mais je savais que j’avais deux personnes, Thomas et Thomas, qui étaient un peu mes doubles, et qui allaient vivre cette aventure dans le grand nord pendant cinq semaines. Qui plus est, ces deux personnages existaient déjà avec Inupiluk.
Se construit alors un processus qui se déploie selon plusieurs arborescences : d’abord, une web-série, qui s’appelle «Thomas et Thomas vont au Groenland», en dix épisodes, cinq qui racontent les préparatifs à Paris, et cinq épisodes tournés là-bas, en parallèle du tournage. Il y avait cette idée vraiment terrifiante et excitante à la fois de continuer à faire vivre des personnages sans déflorer le long-métrage, entité à part entière qui n’aurait pas besoin de la web-série pour exister. Il ne fallait donc pas spoiler l’aventure des Thomas là-bas avec cette web-série. Puis, il y avait un autre pan qui était un journal de bord, le pari étant que je tienne quotidiennement pendant cinq semaines de tournage ce journal qui racontait les journées de tournage du long-métrage. Ce journal vidéo se tournait dans le gîte dans lequel nous étions, mon équipe et moi. J’avais tous les soirs un invité qui venait face-caméra avec moi, qui pouvait être un des techniciens du film ou un des deux Thomas. C’était aussi un projet très intéressant où se mélangeait l’expérience du tournage et ces personnages, Thomas et Thomas, qui étaient à la fois comédiens de mon film et personnages de la fiction. Le troisième temps de ce projet était une partie purement documentaire, réalisée par un garçon qui nous accompagnait et qui s’appelle Hugo Jouxtel, à qui j’ai demandé d’aller voir certains villageois. Il avait une carte-blanche pour mener un travail documentaire qui pourrait être un à côté du film. Tous ces éléments-là étaient mis en ligne avec un décalage d’une semaine par rapport à ce qu’on vivait mais dans une idée de direct malgré tout puisque nous travaillions au Groenland : nous tournions, nous montions, et nous envoyions le contenu sur une plateforme internet encore consultable aujourd’hui. Il y avait donc aussi la volonté de regrouper une communauté, pour employer des mots «transmédia», qui aurait une première approche de ce qu’allait être le long-métrage de cinéma qui allait sortir un an plus tard. Le film est sorti le 21 novembre 2016, et à cette occasion nous avons réactivé ce projet qui était en sommeil depuis la fin du tournage, un mois avant la sortie du long métrage, en réinvestissant le processus qui consistait à activer les contenus cinq semaines avant et cinq semaines après."

Sébastien Betbeder, propos tenus lors de la table ronde sur les nouveaux médias, organisée à La Colonie le 29 mai 2017.


| 2016
Tour-Réservoir est une web-série écrite et réalisée en coopération par un groupe d’habitantes et d’habitants du quartier de Caucriauville au Havre, issus de tous les milieux et de toutes les générations, et le collectif LFKs de Marseille, invité par le Volcan.
Initiative du collectif LFKs, emmené par Jean Michel Bruyère, artiste pluridisciplinaire de renommée internationale, à la fois metteur en scène, écrivain, plasticien, actionniste, cinéaste et artiste invité par la Scène nationale Le Volcan, pour deux saisons, dans le cadre régulier de sa politique d’artistes associés, Tour-Réservoir, fonctionne comme une web-série générative. Sa particularité: valoriser par la création un tissu local dans sa globalité. En effet, toutes les actrices (et acteurs) sont amateurs et habitent Caucriauville. Les paysages sont havrais et la bande son est entièrement composée d’artistes locaux.

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"Je fais partie du collectif LKF’s qui s’est installé pendant deux ans dans un quartier du Havre, à l’invitation du Volcan, scène nationale. Ce quartier qui s’appelle Caucriauville est constitué de cités, de grands ensembles, qui comportent notamment la plus grande communauté Peule du Havre. Nous avons répondu à l’invitation du Volcan qui nous demandait de faire une création de spectacle en nous interrogeant sur les moyens de représenter les gens qui ne se rendaient jamais au Volcan. Nous nous sommes installés dans ce quartier et nous avons travaillé à essayer de représenter la féminisation des quartiers de grands ensembles avec une cinquantaine d’habitantes. Comment aujourd’hui ces quartiers, qui ont été construits et voulus par un pouvoir masculin, dessinés par des hommes, bâtis par des maçons hommes pour héberger des familles patriarcales dans des appartements qui modélisaient des petites usines de reproduction, sont-ils entièrement mis en route et continués par leur partie féminine ? Comment pouvait-on représenter ça ?
Nous avons essayé de voir quel était l’accès à l’image et à la représentation principale des habitants de ce quartier. Il s’est avéré que les seuls outils en usage, c’était le téléphone portable et la télévision, qui marche en permanence dans les appartements. Nous avons donc essayé de construire un projet qui s’adapte à ces deux supports.
La proposition de la série permettait de ne pas trop éloigner les gens au départ – si nous leur avions dit que nous allions faire du théâtre, ils seraient immédiatement partis. La web-série générative permettait d’être libre de faire quelque chose qui ne ressemblait pas à une web-série. Nous avons constitué ce projet ensemble, petit à petit, à partir d’un bâtiment qui s’appelle Tour Réservoir parce qu’il porte le réservoir d’eau du quartier sur la tête. Dans l’ancienne laverie collective, nous avons installé un studio de rencontres et un salon d’écriture pour toutes les femmes participant au projet. 2500 pages de texte ont été écrites, et sur ces 2500 pages, 1500 textes courts ont été extraits et enregistrés par un certain nombre d’entre elles. Cela a permis d’identifier beaucoup de lieux de tournage dans la ville. 75 000 clips vidéos ont été tournés, 1 500 prises de son ont eu lieu dans la ville, et nous avons créé les algorithmes nécessaires pour que tout cela existe en permanence et en temps réel sur un site internet, soit en pure-tv – où on ne fait que regarder et on laisse faire cette infinité (ou indéfinité) – soit par épisodes où l’on peut filtrer les contenus en choisissant une interprète, un sujet, une durée ou encore une langue. Le projet est en effet traduit en cinq langues, le russe, le peul, l’arabe, l’espagnol, l’ukrainien. Que l’on choisisse d’agir sur le contenu ou pas, il reste toujours génératif."

Jean-Michel Bruyère, propos tenus lors de la table ronde sur les nouveaux médias, organisée à La Colonie le 29 mai 2017.


| 0 | 01h 30 min
L'autre de l'autre est un dispositif visuel pour la salle de cinéma où le public est filmé et se voit aux côtés de témoins qui, eux, ne sont pas présents dans la salle. Ces derniers nous parlent de leurs rapports à l'autre au travers d'histoires personnelles. C'est comme si ces témoins, douze en tout, l'un après l'autre, étaient là et c’est avec ce "comme si" qu’est indirectement évoquée le thème de l'empathie.

Avec ce film et son dispositif un peu spécial, nous regardons des autres nous parler de leur autre, et nous autres nous nous regardons regarder l'autre. C'est du direct ! Chaque projection est unique.

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Le projet présenté à Côté Court est une coréalisation avec Franck Gourdien. L’autre de l’autre est un projet un peu à l’opposé de la réalité virtuelle puisqu’au lieu de nous transporter ailleurs, il nous astreint à être ici, dans la salle de cinéma. C’est un dispositif et un film qui exploitent la nature même du lieu de la salle de cinéma, un endroit qui, nous l’espérons, ne disparaîtra pas avec les formes nouvelles. Nous confrontons plusieurs choses dans ce film : la première chose que l’on voit en pénétrant dans la salle, c’est une caméra posée sur un trépied devant l’écran et qui vise la salle. En effet, pas de mystère, les spectateurs sont filmés. Le film commence comme ça, le dispositif lui permet de mélanger cette image en quasi temps-réel – il y a un léger décalage lié au système numérique de diffusion et une image enregistrée. Cette composition se fait selon un principe d’illusion : les personnes filmées font comme si elles étaient dans la salle de cinéma. Quand elles entrent dans la salle, c’est comme si elles entraient pour de vrai dans la salle. Elles prennent le temps de découvrir les lieux et puis elles parlent. Notre idée initiale était d’évoquer quelque chose qu’il est difficile de décrire puisqu’il n’y a guère que les neurobiologistes qui en parlent vraiment bien : lorsqu’on est en contact avec une autre personne, ou bien avec un film ou une pièce de théâtre par exemple, il y a quelque chose qui résonne en nous mais qui ne passe pas par le conscient, qui passe par des canaux directs que l’on peut appeler les canaux mécaniques primordiaux de l’empathie. Cette chose qui s’impose à nous mais qui n’est pas consciente entre en conflit avec ce que nous sommes. Nous avons donc demandé à des gens de nous parler de quelqu’un d’autre, d’une expérience personnelle. En cela, c’est un film documentaire. Les séquences enregistrées sont parfaitement respectées, nous avons essayé de couper au minimum, de ne pas intervenir sur la nature de l’image. Par contre, l’image connexe de la salle est retraitée en direct. Il y a parfois des effets qui viennent s’ajouter sur le public – que je ne révèlerai pas car il vaut mieux les expérimenter pour de vrai que de les voir en amont. C’est aussi un film classique, puisqu’il y a des séquences filmées, des images qui viennent d’ailleurs, qui sont comme dans un film classique et interrompent le fil des images. Quant au thème de l’effraction, c’est une question qui n’est pas simple. Le mot me fait penser à l'infraction qui est moins intentionnel que l'effraction. Pour moi, il fait pendant au mot « dispositif » puisque c’est finalement ce qui fait que socialement tout fonctionne, que l’on peut exister en tant qu’individu. Que ces dispositifs soient maintenant numériques ou rédigés sous formes de textes de lois dans le passé, tout cela suggère et appelle en permanence de notre part l’envie d’exister. Cette existence est forcément en effraction par rapport au code qui est promulgué par les techniques diverses, les techniques juridiques comprises.
Fred Perie, propos tenus lors de la table ronde sur les nouveaux médias, organisée à La Colonie le 29 mai 2017.





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